Le Grand Café

Publié le par Le Manchot épaulard

 111 FM

                                            cliquez sur l'image pour accéder au site de Robert Loï

 

 

Ah les beaux jours, se disait Jules Brekett, en se prélassant au soleil sur la terrasse du Grand Café face à la Gare de Liège.

Pourtant il était temps qu'il se prépare, son train n'allait pas tarder à arriver. Le train qui le ramènerait vers sa banlieue monotone et grise où il allait encore passer des jours monotones et gris, avant de revenir présenter les nouveautés que renferment sa grosse valise en carton. A Liège, il y avait la gare dont il admirait chaque recoin de cet incroyable architecture, mais il y avait aussi Madame Louise, la caissière du Grand Café, toujours impeccable derrière sa caisse avec son chemisier blanc amidonné et son beau chignon de cheveu auburn. Il faut dire que c'était aussi une de ses meilleures clientes. Dès que Monsieur Jules ouvrait sa valise pleine de colifichets à la dernière mode rapportés de Paris, Madame Louise avait les yeux qui brillaient de milles étoiles, ce qui faisait fondre le cœur de Monsieur Jules.

Mais il faut arrêter de rêver, le train pour Paris allait entrer en gare. Monsieur Jules, après avoir salué la caissière, et les garçons qui le connaissaient bien, partit en direction de la gare, se retrouva rapidement quai numéro 3 et monta dans le Thalys.

Parfois Monsieur Jules faisait tout le retour au wagon-restaurant, mais ce jour-là, il préféra rester dans son compartiment, il devait faire le point, ce voyage n'avait pas été un franc succès, à part Madame Louise qui restait une fidèle cliente, les clientèles changeaient et sans franchement le lui dire certaines lui avaient fait comprendre que toutes ces babioles étaient un peu dépassées. Monsieur Jules était morose. Au bout d'un moment plongé dans la contemplation du paysage qui défilait, entre sommeil et rêverie à des jours meilleurs, il vit un passager entrer dans son compartiment :

- Bonsoir, Monsieur, vous permettez que je prenne cette place libre face à vous"

Après avoir acquiescé, Monsieur Jules observa le passager et le trouva non seulement poli mais fort bel homme et distingué.

- Comment trouvez-vous la Gare, Monsieur, demanda l'homme poli,

Un peu étonné par la question, alors qu'ils n'avaient pas échangé un seul mot ensemble, Mr Jules partit dans un discours dithyrambique sur l'architecture aérienne, les couleurs chaudes, la façon dont tout avait été pensé pour le confort et la facilité de circulation à l'intérieur du bâtiment.

- Vous ne pouvez pas me faire un plus beau compliment, dit l'homme poli, je me présente : Santiago Calatrava, je suis l'architecte de cette bâtisse".

Au moment ou Monsieur Jules allait répondre, un femme entra dans le compartiment. Belle femme, la cinquantaine, tailleur flanelle d'un joli gris clair, strict et de bonne coupe, sous la veste elle portait un chemisier avec lavallière, blanc et bien amidonné, elle avait un petit béret bleu marine sur un chignon auburn tenu avec une belle épingle à chapeau.

- Bonjour, je peux profiter de votre compagnie, Messieurs ? demanda-t-elle avec un beau sourire.

- Oh, mais bien sûr, avec plaisir, Madame", dirent les deux hommes d'une même voix.

Le voyage fut des plus agréables, on parla de la magnifique gare, du Grand Café, endroit bien agréable quand on doit attendre un train. Monsieur Jules était aux anges, ses soucis de travail étaient loin, il se disait que depuis la dizaines d'années qu'il faisait ce voyage, trois fois par an, c'était vraiment la première fois qu'il appréciait ce train.

Tout à coup, dans la micro du wagon, une voix d'hôtesse annonça que le train allait arriver à Paris dans quelques minutes, que les voyageurs devaient vérifier de n'avoir rien oublié dans les wagons et qu'ils devraient faire attention à la marche en descendant sur le quai. Monsieur Jules se réveilla bien seul dans son compartiment.

Dans la gare, il s'acheta une quiche à la boulangerie Paul, se dirigea vers le quai des trains de banlieue pour retrouver son environnement monotone et gris.

 

 

Anick

Commenter cet article