Éloignez-vous du bord du quai

Publié le par Le Manchot épaulard

111 FM

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« Le train en provenance de Bruxelles va entrer en gare, voie 7. Eloignez-vous du bord du quai. »

Enfin ! Il a 2 heures de retard et l’énervement est tangible sur le quai. Mon ami arrive passer ce weekend d’octobre avec moi à Liège ; déjeuner à notre restaurant favori, balade dans le vieux Liège et puis théâtre ce soir. Le programme de la journée est bien compromis.

Voyant le retard annoncé, j’ai annulé le restaurant, grignoté une quiche au bar de la gare et déambulé sur les quais et au Kiosque de la Presse. Après avoir feuilleté les revues de décoration intérieure, de jardins paysagés et de cuisine, en notant discrètement une recette de gambas flambés pour demain soir, j’ai refait le monde en regardant les gros titres effarants des journaux.

Autour de moi, la fourmilière : des voyageurs fonçaient tête baissée vers leurs trains ou vers la sortie, d’autres scrutaient le tableau d’affichage avant de se presser vers les bouts de quai pour accueillir les passagers. Je recevais des coups de valises dans les tibias provenant de tous les côtés, des roulettes m’écrasaient les orteils et des pointes de parapluies dégoulinants me transperçaient les chevilles.

Il pleuvait trop pour faire un tour dans les rues et je me suis donc consacrée à une étude exhaustive des composteurs, des distributeurs de café, de friandises, de cigarettes ou de préservatifs, des machines automatiques d’achat et d’échange de billets. Tournant la tête, j’ai remarqué l’agence de voyages des chemins de fer avec ses affiches colorées de destinations européennes.

Je suis entrée pour tuer le temps – pourquoi le « tuer » ? Pourquoi ne pas le soigner, le ressusciter ? En tout cas, il y en avait pour tous les goûts ; des brochures et des prospectus tous plus alléchants les uns que les autres. On voyait des vacanciers en croisière fluviale, d’autres sur des plages blanches infinies, d’autres encore à manger aux terrasses ensoleillées devant une mer toute bleue ou bien à se faire photographier devant les monuments célèbres des capitales européennes. Et ces mêmes têtes souriantes, on les retrouvait aux sommets des Alpes avec leurs méga-lunettes de soleil, face à la blancheur éblouissante des neiges éternelles.

En tournant les pages des brochures l’envie de partir à l’instar de ces voyageurs bienheureux devenait de plus en plus pressante. Pourquoi pas moi ? Dès le retour des beaux jours je passerais une semaine toute seule au soleil, je me baignerais dans une mer translucide, je mangerais de vrais risottos en buvant du valpolicella, je reviendrais à Liège toute bronzée et reposée et je rapporterais des dizaines de photos pour avoir des souvenirs ensoleillés pendant l’hiver suivant.

Une voix est venue interrompre ma rêverie : « Je peux vous aider, Mademoiselle ? » Il faut parfois saisir les occasions qui se présentent. J’ai donc expliqué à la responsable de l’agence que j’étais intéressée par une semaine en Italie du sud. Se méprenant sur les dates que j’envisageais, elle m’a assuré qu’en cette saison le soleil automnal est doux, que la mer a eu tout l’été pour se réchauffer, que les hôtels ne sont pas bondés et que les tarifs sont au plus bas.

Je me suis entendue lui demander la date du prochain départ. Elle m’a répondu qu’il y avait un train express qui partait dans 30 minutes. Me voici donc assise dans le train à destination de Naples sur la voie numéro 6. Je regarde arriver le train de Bruxelles avec ses 2 heures de retard au quai voisin.

« Attention au départ, voie 6 ».

 

 

Jacqueline

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