l'écume des mots

Publié le par Le Manchot épaulard

 

Photographie de Bernard Cornu,

extraite du livre "le cheval breton dans tous ses états" éd Pascal Galodé.

(Cliquez sur l'image pour accéder à la fiche détaillée du livre.)

Les photographies composant le livre sont exposées

jusqu'au 17 mai

à la Maison des Poètes de Saint-Malo,

5 rue du Pélicot (Intra-muros). Entrée libre. Tél : 02 99 40 28 77

 


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   Mer clapotante, ancre jetée pour quelques plaisanciers.

  Les planches à voiles jouent en demi cercle, dansent sur les vagues leur offrant un terrain de jeu illimité. C’est un ballet multicolore avec des artistes qui virevoltent, font des sauts aériens et se penchent en défiant la gravité. Même les chutes spectaculaires des véliplanchistes ressemblent à une danse élaborée : l’eau jaillit telles des étincelles, les vaguelettes concentriques se répandent autour de la planche renversée. Les petits rats du ballet ne font pas mieux en s’éloignant de la danseuse étoile.

  L'écume au rendez vous signe leur passage furtif et éphémère, toujours prête et aux aguets pour signaler d'autres visiteurs motivés à faire avancer leur planche au gré de la trop légère brise. Derrière l'écume se dresse Poséidon et son trident vengeur. L'éphémère dessine ce mystère.

  La barque et le cheval sont emportés dans une histoire. Ceux là à l'extérieur du jeu... affairés au rythme du vent que jouerait un violon dans les bras d'une sirène là-bas sur le grand rocher. Sans doute pas là pour l'écouter ils en profitent quand même.

  La musique du vent leur donne joie et énergie pour vider le goémon, chlorophylle de la mer tant prisée par les paysans. Engrais riche et corsé, pour les cultures les plus diverses et variées, agissant sur les saisons, insensiblement, comme le souffle du large, à présent, dans les voilures des véliplanchistes, indifférents au labeur, insouciants. Les rafales renforcent les travailleurs de la mer en les déséquilibrant, leur offrent un tempo aléatoire qui leur fait oublier toute idée de cadence, de rendement, et suspendent leur temps à chacun de leur geste. De sorte qu'ils ne sont plus vraiment du temps de celui qui les regarde et pas encore tout à fait du temps de celui qui les photographiera.

  Derrière la pellicule se trouve l'inspiration, l'idée d'un autodafé de la peinture. C'est pour cela que je souhaite écrire encore avec des ratures. Pour tenter des écrins de littérature... dans l'écume de mes mots.


 

                                                                                        Véronique

 

 

(pour ce texte, Véronique était à la barre - Jacqueline, Annick, Fabien et Stéphane étaient ses "nègres"...)

Publié dans Les 5 petits nègres

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