de la charrue au filet de pêche

Publié le par Le Manchot épaulard

 

b peche cheval 01

(Cliquez sur l'image)

 

  Jadis cette plaine côtière était une région fertile, produisant assez de céréales et de légumes pour tout le sud du pays. Vue des collines environnantes elle ressemblait à un patchwork de tons verts et jaunes. Les cultivateurs avaient bien constaté une hausse des températures au fil des années mais personne ne s’attendait à ces tempêtes à répétition qui avaient suivi l’été caniculaire, provoquant une montée spectaculaire du niveau de la mer. La petite digue n’avait pas résisté et l’eau salée avait recouvert à jamais la bande côtière. Fort heureusement la plupart des habitations se trouvaient au-delà des champs, au pied des collines.

   Du jour au lendemain le mode de vie des habitants de la région fut transformé : les hommes échangèrent leurs charrues contre des barques, leurs faux contre des filets de pêche.

   Lorsqu’Hector rentra de son long exil il fut bouleversé en regardant par la fenêtre de la petite maison familiale. L’eau à perte de vue, l’eau maîtresse des lieux, avait reconquis ses droits ; depuis le marécage au pied de la colline jusqu’ à l’océan c’était un paysage tout neuf, méconnaissable, qui s’étendait devant lui. Hector remercia le bon Dieu d’avoir protégé sa famille et ses bêtes, ainsi que son petit chat, son talisman et porte bonheur.

   Pragmatique et travailleur, Hector suivit l’exemple de ses voisins : il se convertit en goémonier pour apporter cet engrais convoité par les paysans plus loin dans les terres. Il découvrit un travail plus dur, une humidité froide qui le pénétrait jusqu’aux os. Son petit chat ne voulait plus le lâcher et l’accompagnait partout à longueur de journée. Sa présence réconfortait Hector et lui réchauffait le cœur ; ses camarades goémoniers ne se gênaient pas pour railler sa sensiblerie et lui firent remarquer qu'il possédait certainement le seul chat au monde qui aimât l'eau de mer. C’est étrange comme des travailleurs de force semblent avoir besoin de douceur.

   D’autres sinistrés s’étaient tournés vers le développement des loisirs aquatiques et, en parallèle aux activités de pêche et d’exploitation des produits de la mer, on fit la promotion des sports d’eau.

  Aujourd’hui Hector côtoie les véliplanchistes et kite-surfeurs en se disant que les vrais sportifs ce sont les goémoniers ! Affublé d'une fourche à l'arrière de la charrette, dos courbé, muscles au travail il tire, empile, tasse les longs filaments étoilés ramenés du large. Les autres, plus tranquilles, se soutiennent à deux, bercés dans la barque en attendant leur tour en bout de piste. Le cheval tranquille en tête de l'équipe prendra le relais ; il fixe son but, le maintient en point de mire… un petit talon de terre ferme. Sentant sa charrette pesant de plus en plus lourd sur ses harnais, il le regarde, rêvant à sa victoire lorsqu’il l’atteindra.

 

 

 

Jacqueline

(petits nègres : Anick, Véronique, Fabien, Stéphane)

Publié dans Les 5 petits nègres

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article