"La collection "À Charge" est dédiée à une littérature noire, vibrante et contemporaine (Soulages définit le
"noir" comme une couleur contenant toutes les autres couleurs).
Dans la collection "À Charge" se croisent, s’entrechoquent différentes
voix, différents styles, différentes fictions qui ne craignent pas de se frotter au monde réel. Pour preuve, les deux premiers romans qui y sont publiés explorent deux marges bien différentes :
l’une rurale (Les ruines de la future maison, roman solaire d’Hélène Dassavray), l’autre urbain
(Curtis, coup de hache signé Dominique Salon).
Sans Hubert Selby jr, Dominique de Roux ou Bukowski (pour n’en citer
que trois), la collection "À Charge" n’existerait pas."
Frédérick Houdaer
(directeur de la collection "A charge"
des éditions "A plus d'un titre")
http://houdaer.hautetfort.com/
avril 2008, 118 pages, 12,50 euros
quatrième de couverture :
" Il disait que la maison tiendrait cinq cents ans, il avait construit vingt centimètres d'un seul mur en un mois. Ne serait-ce qu'une pièce à quatre murs, de deux
mètres de haut, et sans parler de la toiture, le compte était vite fait. L'hiver allait arriver bien plus vite que ça"
A lire par exemple la présentation parue dans le canard, reprise par l'éditeur sur son blog Branloire pérenne, qui résume l'argument du livre.
Frédérick Houdaer situe la couleur de la collection "à charge" dans des eaux troubles visitées par Bukowski, de Roux ou Selby. J'ai plutôt goûté "les ruines" de Hélène Dassavray du côté de chez Brautigan ou de Djian. On a coutume de dire, pour conseiller un ouvrage un peu aride, un livre de
philosophie par exemple, qu'il se lit comme un roman. Je dirai de ce roman autobiographique qu'il se lit comme un poème en prose, avec la proximité particulière d'une
correspondance privée, expédiée à un "lecteur inconnu".
août 2008, 50 pages, 7 euros
extrait :
"Je voyais bien,
j’étais connu dans le quartier avec mon Stetson vissé sur la tête. Un signe… parce que larbin, jamais tu m’entends ? Dans la rue, les bars, les commerces, les gens du coin disaient « salut
Curtis ». Jamais à poil. On me respectait du lundi au lundi. Curtis sur la route. Curtis sapé classe affaire. Curtis définitif. Un vrai black en somme. On me prenait pour un black. J’y
croyais mon frère. C’était ça, la grande classe. Être black et faire péter le monde."
On peut dire que F. Houdaer commence par balayer le plus largement possible le spectre du "noir". Curtis est sec et rapide, essentiellement
visuel, expressionniste. La psychologie y est quasiment inexistante, du moins dans le sens habituel qui sert à camper un personnage-narrateur, à le suivre, à s'identifier. On relit
Curtis comme on se repasse un film, en choisissant le moment opportun. Il y a toujours quelque chose de nouveau qui échappe à la compréhension et se déplace, un peu comme dans les
livres de Vischer, dadaïste republié par un autre lyonnais : celui de la fosse aux ours.
J'ajoute que les livres "à charge" sont à la fois de beaux livres (beau papier, conception soignée, photo originale de
couverture de Jean-Marc Sohier) et des livres de poche (par le format). Des livres bons à lire et de bons livres. (Ah! Slogan lâche-moi!) En tous les cas, ici on a quelque chose à
se mettre sous la dent, et c'est assez inhabituel.
Publié dans : PARUTIONS
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Par Le Manchot-Epaulard
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